Photographies/texte : Noé Guibout
Un effectif 2026 placé sous le signe du réveil stratégique européen
Cette année, le défilé du 14 juillet change de ton. Le ministère des Armées a construit l'édition 2026 autour d'un thème assumé : le réveil stratégique de l'Europe. Concrètement, cela se traduit par une parade pensée comme une véritable démonstration pédagogique, calquée sur la réalité tactique d'un théâtre d'opérations plutôt que sur un simple défilé de prestige.
Sur le plan des chiffres, l'ampleur reste considérable. La première phase du défilé aérien réunit quatre-vingt-quatre avions français, dont soixante-huit de l'armée de l'Air et de l'Espace et seize de la Marine nationale, aux côtés de onze avions étrangers, le tout organisé en sept tableaux. L'ouverture reste un classique : la Patrouille de France en formation « Big Nine », accompagnée cette année de deux Mirage 2000B avec aux commandes des pilotes ukrainiens, un symbole fort du soutien affiché à Kiev.
Mais la vraie nouveauté de 2026 se joue au sol comme dans les airs. Pour la première fois, le défilé propose une représentation inédite de la géographie du champ de bataille contemporain, avec une interaction entre les troupes au sol et l'appui aérien. Après le passage des avions et le défilé des troupes à pied, le ballet reprend avec les hélicoptères à partir de 11h30. C'est là, dans ce second temps fort, que s'inscrit le tableau qui nous intéresse : celui de l'Aviation légère de l'armée de Terre.
Présentation du tableau ALAT
Le défilé des hélicoptères se déploie en quatre tableaux, portés conjointement par l'armée de l'Air et de l'Espace, l'armée de Terre, la Marine nationale, la Gendarmerie, la Sécurité civile, la Douane et la Direction générale de l'armement. Après une première séquence consacrée à la protection du territoire national, place au tableau qui donne toute sa dimension opérationnelle à la parade : « assaut et appui de feu ».
Sa composition en dit long sur la doctrine d'engagement de l'ALAT. On y trouve un Cougar AS532 et quatre Caïman NH90 de l'armée de Terre, suivis par deux Caïman NH90, un Dauphin et deux Panther AS565 de la Marine nationale. L'appareil que j'ai eu l'occasion de survoler Paris à bord, le Cougar, ouvre donc symboliquement ce tableau interarmées, aux côtés du nouveau fer de lance de la manœuvre aéromobile française, le NH90 Caïman.
Ce tableau n'a rien d'anodin pour le régiment qui l'arme. Le 1er régiment d'hélicoptères de combat, basé à Phalsbourg, s'est vu remettre, peu avant cette édition, la fourragère aux couleurs de la Croix de la valeur militaire, récompensant quinze années d'engagement sur des théâtres exigeants comme le Sahel, la Libye ou la Côte d'Ivoire. Défiler cette année, c'est donc aussi porter, dans le ciel parisien, la mémoire de ces engagements.
Au total, en comptant les deux Caracal des forces spéciales intégrés au défilé des avions, ce sont trente-trois hélicoptères qui survoleront les Champs-Élysées à environ 330 mètres d'altitude et 150 km/h, avant de passer au-dessus de la tribune présidentielle.
Présentation du cougar et de son équipage
Voler à bord d'un Cougar, c'est prendre place dans une machine qui a traversé quatre décennies de service. Héritier du SA330 Puma, le prototype de ce qui deviendra le Cougar a volé pour la première fois le 13 septembre 1978. L'armée de Terre en a fait l'acquisition à partir de la fin des années 1980 : vingt-quatre exemplaires ont finalement été livrés entre décembre 1988 et 1996, sur les cinquante initialement envisagés.
La flotte est réadapté aux missions du jour. Entre 2011 et 2015, l'ensemble du parc a bénéficié d'une rénovation technique en profondeur, dite « rénovation OACI », portant sur vingt-trois hélicoptères de l'armée de Terre et trois de l'armée de l'Air, avec une nouvelle planche de bord parmi les principales modifications visibles. C'est cet appareil modernisé, propulsé par deux turbines Turbomeca Makila 1A1 de 1 845 chevaux et doté d'un dégivrage complet incluant la tête de rotor, que j'ai pu approcher lors des répétitions.
Côté équipage, le Cougar fonctionne selon une logique d'équipe resserrée mais complète : trois à quatre membres, comprenant le commandant de bord, les pilotes, le MOS et un dernier opérateur. Dans sa version la plus longue, l'appareil peut transporter jusqu'à vingt-neuf combattants ou douze civières, et jusqu'à cinq tonnes en charge sous élingue. - au-delà du symbole du défilé, ce que représente cette machine en opération : projection de troupes, évacuation sanitaire, appui logistique.
C'est cette polyvalence, précisément, que le tableau « assaut et appui de feu » cherche à mettre en scène au-dessus des Champs-Élysées : un hélicoptère de manœuvre vétéran, toujours engagé sur les théâtres les plus exigeants, aux côtés de la relève incarnée par le Caïman NH90.